Protection des rivières


 
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Présentation provisoire du
 
Réseau Rivières Sauvages
 aappma
28 décembre 2009

  • La vision et les objectifs généraux du réseau
    L'idée de départ est de renforcer la protection des rivières (portions de rivières) les plus patrimoniales en France, sur des indicateurs compréhensibles par le grand public (continuité écologique, paysages remarquables, biodiversité/espèces rares, qualité de l'eau). L'objectif est d'essayer de construire, comme cela s'est fait dans d'autres pays (Autriche, Etats-Unis, Canada, Nouvelle-Zélande, Suisse) une forme d'appropriation populaire de ce capital naturel qu'est la « rivière sauvage », à l'exemple du Conservatoire du Littoral pour la frange maritime de notre pays. Plusieurs pays industriels, avec une « culture de la nature » plus féconde ont en effet déjà pris une avance importante dans le domaine de la gestion et protection renforcée des rivières à très forte valeur patrimoniale. Citons, aux USA, le "Wild and Scenic River Act" ou encore, au Québec, les réserves aquatiques. Pourquoi pas en France, dans un contexte national (Plans Loire Grandeur Nature, Rhône, campagne pour l'effacement de Poutès, Grenelle de l'Environnement) et européen (DCE) favorables ?

     
  • Pourquoi créer ce réseau, dans un contexte qui devient favorable ?
  1. Un constat alarmant
    L'inventaire national fait dans le cadre de la mise en oeuvre de la DCE montre que 20% environ des cours d'eau seulement peuvent être considérés comme en « bon état écologique ». Sur ces 20 %, le chiffre communément admis de rivières effectivement protégées est de 1,5 % environ. C'est très peu. Cependant il existe encore en France quelques très rares cours d'eau (ou parfois tronçons de cours d'eau) qui sont encore à l'heure actuelle, dans un état que l'on pourrait qualifier de « en excellente santé » ou encore « proche d'un état totalement naturel ». Or ces milieux, malgré divers dispositifs de « protection / papier », sont pour la plupart d'entre eux extrêmement vulnérables et aujourd'hui encore menacés, voire en cours de destruction, comme le Rizzanese en Corse.

     
  2.  Des outils de gestion multiples inadaptés
    Les dispositifs réglementaires et contractuels existants sont, de l'avis de plusieurs acteurs, incomplets, insuffisants, peu lisibles, quelquefois mal adaptées ou peu fonctionnels, avec des incohérences liées à des disfonctionnements administratifs, à des rapports de force peu favorables à la protection, à l'inertie sociétale globale : notre pays n'a pas une culture des « rivières sauvages » élaborée, comme est peu élaborée sa culture de la naturalité dans d'autres domaines (forêts par exemple).
    Il n'existe donc pas de politique de préservation efficace des rivières naturelles, les politiques d'aides et les financements sont seulement organisés autour de la restauration des cours d'eau dégradés. D'autre part, les aides au développement des activités non polluantes sont insignifiantes (ex : agriculture biologique sur les zones d'alimentation de captage d'eau).

  3. Un contexte favorable
    Le contexte a changé, positivement, ces dernières années, et c'est une bonne nouvelle.
    Le succès des émissions de Nicolas Hulot, Yann Arthus Bertrand montre que notre pays bouge. Mais la culture écologique de la France est si déficiente, les atteintes qu'elle a portées aux milieux aquatiques (comme dans les autres pays) sont si considérables que prendre le virage n'est pas aisé. Beaucoup d'élites sont encore convaincues que la restauration / protection de la nature est un luxe qui a un coût trop élevé. Ils ont de la difficulté à percevoir les liens entre économie et écologie, ne perçoivent pas les services écologiques que rendent des écosystèmes en bon état.
    Dans ce contexte, les rivières françaises, jouissant des mesures de protection les plus
    élevées pourraient se voir donner le nom de « Rivières Sauvages de France » et faire l'objet d'une appropriation collective forte, avec par exemple différents focus faits sur des espèces emblématiques, entrant ou non dans la Stratégie Nationale de Protection de la Biodiversité : loutre, desman, moule perlière, saumon, etc.

 
  •  Comment faire fonctionner le réseau ?
    Le réseau est un moyen, une «
    boite à outil »
    pratique, un lieu d'échanges pour étudier et diffuser des bonnes pratiques concrètes, avec une importance capitale du « porter à connaissance » vers les différents acteurs. Il suppose un dispositif souple d'agrégation de compétences diverses apportées aux actions des divers acteurs : ONG, institutions, entreprises intéressées par cette démarche.
    Il travaille dans une démarche nouvelle, pragmatique, inventive, qui laisse le
    maximum de place, et c'est indispensable vu la faiblesse des cultures transversales dans notre pays, à la liberté, à la créativité, au contrat entre acteurs, sans négliger le fait que, à terme, un dispositif réglementaire ou législatif sera nécessaire.
    Le réseau est donc naturellement
    en lien avec les diverses institutions
    en charge de la gestion du capital rivières : Onema, Agences de l'eau, FNPF, Syndicat de bassin versant, EPTB, universités, autres mais également entreprises privées qui souhaitent participer à la protection des rivières sauvages.
    L'Animation des réflexions et l'organisation des actions du réseau sont assurées par un
    Comité de pilotage national qui regroupe, fédére les acteurs qui souhaitent s'engager.

  • La preuve par l'exemple comme méthode de travail, un calendrier.
    Un travail démonstratif a été mis en oeuvre dès 2009 sur des bassins pilotes
    sur lesquels les acteurs ont déjà des habitudes de coopération bien inscrites, (type Contrat de rivière), où la demande en terme de protection est forte, et où existent des menaces importantes. Des actions concrètes ont donc été lancées sur l'Ellé, en Bretagne, l'Allier, le Chéran en Haute-Savoie. Un travail de construction de connexions, entre les acteurs du territoire, autour d'une approche de dépassement à terme de la seule contrainte réglementaire du « bon état écologique » a été réalisé, puisque le « bon état », étape importante, indispensable, ne correspond pas au fonctionnement naturel des cours d'eau.
    Comment viser le
    très bon état écologique et un éventuel « label » rivière sauvage? Comment est perçue localement l'idée d'un tel label ? Quelles sont les attentes des gestionnaires ? Comment chercher des financements innovants ? Comment se mobiliser face à d'éventuelles menaces? Comment ne pas construire qu'un seul magnifique concept, éviter l'usine à gaz ? Des outils, des pratiques de protection et de gestion innovants peuvent être mis en oeuvre, testés, évalués sur les sites choisis.
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Les objectifs à long terme : 10/15 ans

Le « réseau », avec une vision à 10/15 ans, est porteur d'une réelle ambition :

  1.  Construire, en complément de ce qui existe en France en termes de protection (loi 1919, LEMA, Natura 2000, etc) un affichage de la valeur patrimoniale, naturelle, culturelle, économique et paysagère des « rivières sauvages » en « très bon état écologique » à destination des décideurs. Il s'agit bien de consolider les démarches de conservation en cours.
  2.  Inciter et aider à la restauration de rivières (portions de rivières) susceptibles d'atteindre le très bon état. (Distinction rivières sauvages / rivières vivantes -naturelles / rivières dégradées) en développant des outils adaptés.
  3.  Alerter sur les menaces éventuelles et améliorer le dispositif de protection / sanctuarisation avec, surtout, une appropriation collective, sur le modèle de ce qui se fait avec le Conservatoire du Littoral.
  4.  Agréger les acteurs, en particulier les acteurs privés, sur l'idée de l'importance des services écologiques rendus par des écosystèmes en bon état.
  5.  Favoriser une labellisation sur plusieurs bassins, (nombre à définir) et une reconnaissance du label avec une traduction réglementaire/ institutionnelle, type « Conservatoire du littoral » / Conservatoire des Rivières Sauvages ?

Certaines rivières doivent être sanctuarisées, protégées pour ce qu'elles sont, des rivières libres, belles, riches d'une biodiversité remarquable, témoignage de nature vivante dont la société ne peut se passer. Le but, à terme, serait de disposer, à l'échelle du territoire national, d'un capital en rivières sauvages d'au moins 20 000 km, soit moins de 10 % du linéaire français.